Inglorious clapping ?
Je me suis souvent posé la question suivante : comment un spectateur peut-il manifester son enthousiasme suite à la projection d'un film ? Comment peut-il signifier spontanément et de préférence à l'auteur, que son œuvre a été - à défaut de comprise - au moins aimé ?
On peut applaudir un comédien, un danseur, un chanteur, mais un cinéaste ? Diffusé cent, mille, dix mille fois au quatre coins de l'occident, un film est présenté sous sa forme la plus finie, la plus polie, sans son créateur.
Il m'est donc toujours apparu comme - si ce n'est ridicule - tout du moins bien vain, de s'esquinter les paumes lorsque défile le générique, puisque si les clappements frénétiques étaient bel et bien lancés avec vigueur, personne n'était là pour les accueillir. Même pas le projectionniste, on est dans un multiplexe où tout est automatisé.
Et pourtant, comme tous les autres, et à deux reprises, j'ai applaudi Inglorious Basterds, et les gens l'applaudissent encore, à Grenoble en tout cas.
Des films que j'ai aimé, que j'ai adoré, qui ont fait l'unanimité, j'en ai vu et revu au cinéma, mais jamais personne ne s'était risqué à battre bêtement des mains en fin de séance.
Comment expliquer ce phénomène ? N'ayant ni les compétences, ni le temps de développer très loin ma pensé (on reste sur un blog, faut pas déconner) je ne pourrais ici qu'émettre que quelques hypothèses sans grandes valeurs scientifiques.
Cependant j'ai déduit de mon propre ressenti et de celui observé chez autrui, deux éléments qui me paraissent, si ce n'est à l'origine, tout du moins indispensable dans se processus d'expression violente et irrésistible de la satisfaction éprouvé par le spectateur devant le nouveau Tarantino.
Tout d'abord, la monté en puissance et en violence, longue, lente, beaucoup plus progressive que dans ses précédents films. Autour de 4 scènes clefs (l'ouverture, les basterds et les "prisonniers" allemand, le repas, la fusillade de la cave, le final... ouais tout le film en fait) le metteur en scène met en place une pression omniprésente autour de son personnage féminin, et une violence au début plus suggérée que réellement visuelle. A titre de comparaison, la fusillade de la cave n'a rien à voir avec une débauche sanguinolente à la Kill Bill.
Cette montée en puissance pousse le spectateur à être moins choqué que porté par la dureté des images, il n'y a pas de véritable scène exutoire - à part la scène finale, mais j'y reviendrai - et l'adrénaline accumulé tout au long des différentes scènes clefs ne peut se décharger qu'après le film et physiquement. On frappe dans nos mains parce qu'elles n'ont pas de nazi à scalper à portée.
L'autre élément important à prendre en compte est quelque chose de probablement plus ancré dans l'inconscient collectif. La haine du nazillon, du Hitler. Tous sont ici tournés en ridicule, ventripotents, burlesques. Y compris le personnage de Hans Landa pourtant héros du film, sur lequel Tarantino porte un regard à la fois tendre et moqueur, la scène de la pipe en témoigne. Tarantino se livre pendant 2h30 à un pamphlet visuel contre le nazi, à une tuerie massive et animale, à du dézinguage organisé et systématique du porteur de croix gammé.
A l'instar de ses basterds, Tarantino est cruel envers les SS&Cie ; sans pitié ni remords, nous, spectateurs ayant appris le mal avec les premiers cours sur Auschwitz, nous réjouissons de cette extermination virtuelle. La fin d'Hitler, grandiose, pathétique, explosive, trouant les culs (et surtout le sien en l'occurrence) finit de nous réjouir, et l'on s'extasie alors devant cette uchronie où les gentils sans moral dans lesquels on s'identifie pleinement, triomphe du diable.
On applaudit Inglorious Basterds, parce que c'est une putain d'histoire qui fait vibrer le patriote sanguinaire et revanchard enfoui au fond de nous.
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