J'ai hésité. Beaucoup. Non pas par manque d'idée, ni par manque de temps. J'ai hésité parce que j'avais peur.

Forcément, quand on a fait quelque chose de sympa, et qu'on essaie de remettre le couvert, on prend le risque. Alors quand c'est une histoire de manque de sel, de trop de poivre, ou de clitoris égaré, passe encore. Un autre repas, une autre nuit, permettent de corriger l'erreur. Mais quand il s'agit de six mois de travail, d'investissement, et de stress, on comprend qu'on puisse avoir les boules de passer à côté, non ?

Et pourtant ça titille. L'envie est là, elle démange. Parce qu'au fond y a l'égo qui en redemande, qui crie famine parce qu'il a pas eu assez à bouffer, et qu'il jure sur la queue de son G qu'il peut faire mieux, qu'il veut faire mieux. Le reste tempère mais rien y fait. La lutte s'éternise, et moi je me laisse balloter entre les deux.

Je monte la pièce.
Je la monte pas.
Et puis si.
Et puis non.
Et merde, je le fais.
Et... Trop tard.
Ou juste à temps plutôt.

Alors voilà, comme l'an dernier je me dis, c'est le moment de rechausser le clavier pour autre chose que des dialogues à polir. Et cette fois-ci peut-être tiendrais-je le rythme. Peut-être trouverais-je ici de quoi coucher des doutes et le reste.

Je peux le dire à nouveau, mais pas trop fort, et seul, devant ma glace : je mets en scène une pièce ; j'ajoute même, une nouvelle pièce, pour la gueule. Rien que pour ma gueule.

On respire un grand coup et on plonge.
On respire plus.
On file en apnée jusqu'en avril et là...

Là. On verra.

Le goût de l'amour... et l'odeur du reste est sur les rails.

On se revoit au terminus.